LES PROFESSIONELS DE SANTE

Cette appellation recouvre les médecins également appelés docteurs en médecine, les chirurgiens ou docteurs en chirurgie, les officiers de santé, les dentistes, les sages-femmes et les pharmaciens.

Avant d'évoquer l'ensemble de ces professions qui ont bien naturellement énormément évolué au fil des siècles, rappelons que l'Académie Nationale de Médecine était fondée en 1820, par Louis XVIII, sous le nom d'Académie Royale de Médecine, héritant de la plupart des prérogatives de l'Académie Royale de Chirurgie fondée en 1731 et de la Société Royale de Médecine fondée en 1778. Son rôle est de conseiller le gouvernement pour tous les problèmes d'hygiène et de santé publique.

En cas de maladie, nos ancêtres s'adressaient en priorité à Dieu et à ses saints qui avaient tous une spécialité, comme saint Laurent pour les brûlures et sainte Apolline pour les maux de dents. Les maladies les plus courantes étaient aussi très souvent soignées par des recettes de bonne fame ([1]), dont les plantes ont longtemps été les composants exclusifs, et les colporteurs faisaient recette avec leurs drogues miracles. Ce n'était qu'en dernier ressort qu'il était fait appel à un homme de l'art qui pouvait alors être le médecin, le chirurgien, le rebouteux ou parfois même le sorcier, ces deux derniers n'étant parfois qu'un seul et même personnage ! Les guérisseurs, nom aussi donné aux rebouteux, étaient interdits par une loi de 1792 qui ne devait pourtant pas empêcher ceux-ci d'exister même encore actuellement.

Pendant très longtemps, les médecins, appelés mires au Moyen Age, possédaient des connaissances médicales très limitées et ne pratiquaient couramment guère que trois thérapies, à savoir les saignées, les purges et les clystères ([2]).

Dans l'ancienne législation, les médecins formaient des corporations qui étaient successivement réglementées par les dispositions de l'édit de mars 1607, de la déclaration du roi du 23 avril 1743, des lettres patentes du 22 juillet 1748 et de l'édit de mai 1768.
La Révolution supprimait ces dispositions. Le besoin de nouvelles garanties se faisait sentir et FOURCROY les finalisait devant le Corps législatif en présentant la loi du 19 ventôse an XI : " Depuis le décret du 28 août 1792 qui a supprimé les Universités, les Facultés et les corporations savantes, il n'y a plus de réceptions régulières de médecins et de chirurgiens. Ceux qui ont appris leur art se trouvent confondus avec ceux qui n'en ont pas la moindre notion. Presque partout on accorde des patentes aux uns et aux autres. La vie des citoyens est entre les mains d'hommes avides autant qu'ignorants. L'inexpérience la plus dangereuse, le charlatanisme le plus éhonté, abusent partout de la crédulité et de la bonne foi. Aucune preuve de savoir et d'habileté n'est exigée. Ceux qui étudient depuis 7 ans et demi dans les 3 écoles de médecines instituées par la loi du 14 frimaire an III, peuvent à peine faire constater les connaissances qu'ils ont acquises et se distinguer des prétendus guérisseurs qu'on voit de toutes parts. Les campagnes et les villes sont également infestées de charlatans qui distribuent les poisons et la mort avec une ardeur que les anciennes lois ne peuvent plus réprimer. Les pratiques les plus meurtrières ont pris la place de l'art des accouchements. Les rebouteurs et les mèges impudents abusent du titre d'officiers de santé pour couvrir leur ignorance et leur avidité. "

Cette loi du 19 ventôse an XI faisait que nul ne pouvait exercer la profession de médecin ou de chirurgien sans avoir été examiné et reçu dans les termes déterminés par une des six écoles nationales de médecine. Les docteurs en médecine ou en chirurgie recevaient un diplôme qui leur donnait le droit d'exercer leur art dans toute la France.

Selon les articles 35 et 36 de cette même loi, ceux qui exerçaient l'art de guérir ou qui pratiquaient celui des accouchements sans être munis de diplôme ou de lettre de réception, étaient donc passibles d'une amende prononcée par les tribunaux correctionnels, au profit des hospices. L'amende pouvait être de 1.000 francs ([3]) pour ceux qui prenaient le titre et exerçaient la profession de docteur-médecin, et de 500 francs pour ceux qui se qualifiaient d'officier de santé et voyaient des malades en cette qualité. En cas de récidive, l'amende était doublée et le délinquant pouvait être condamné en outre à un emprisonnement de 6 mois maximum.

Quant à ceux qui exerçaient l'art de guérir sans usurper de titre, la loi les poursuivait et les condamnait à une amende d'un maximum de 15 francs, prononcée par le tribunal correctionnel, toujours au profit des hospices.

Il fallait attendre le 19ème siècle et les progrès de la médecine pour que de vrais médecins s'installent à la campagne, considérés jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, comme des notables. Mais ce n'est qu'au milieu du 20ème siècle, avec le remboursement de ses visites et des médicaments par la Sécurité sociale, que s'est intensifié le recours aux médecins qui, dans nos campagnes, accédaient alors à une certaine aisance.

En 1955, le nombre des médecins inscrits à l'Ordre National était de 39 100, pour atteindre 138 370 en 1982 et 204705 en 1994, dont 181 686 actifs.

Pour ce qui concerne les chirurgiens, avant 1731, on parlait également très souvent de chirurgiens-barbiers ou parfois de maîtres-opérateurs, termes désignant en fait les mêmes personnes. Ce n'était qu'à partir de cette date que les deux professions étaient clairement différenciées. Les chirurgiens ayant étudié portaient des robes longues et les chirurgiens-barbiers des courtes.

Les chirurgiens faisaient leur formation au Collège de Saint Côme et Saint Damien de Paris ([4]), et jusqu'à la fin du 18ème siècle, ne pouvaient être que de confession catholique. Ils achetaient leur charge et étaient très généralement de condition plus modeste que les médecins qui exerçaient plutôt à la ville et donc payés en espèces, alors que les chirurgiens officiaient essentiellement à la campagne où ils étaient assez souvent payés en nourriture telle que céréales, volailles et animaux.

Les chirurgiens étaient sous l'autorité des médecins. Ainsi, un médecin était toujours présent lors de la réception d'un nouveau chirurgien. Les uns et les autres ne s'appréciaient guère.

Avant 1846 ([5]), le chirurgien ignorait tout de l'anesthésie et des antiseptiques, et ne s'occupait principalement que des parties extérieures du corps, fractures, plaies, tumeurs et ulcères.

A la fin de l'époque révolutionnaire de 1789, apparaissait un autre homme de l'art, à savoir l'officier de santé qui n'étant reçu qu'après une pratique moins longue et moins complète, non dans une école nationale mais par un jury de département, ne pouvait exercer que dans le département pour lequel il était reçu. S'il voulait exercer dans un autre département, il devait subir de nouveaux examens et obtenir un nouveau certificat d'aptitude. Les conditions posées par la loi du 19 ventôse an XI, à l'obtention du titre d'officier de santé, étaient modifiées par un décret du 22 août 1854. Ainsi, les aspirants à ce titre devaient justifier de 12 inscriptions dans une faculté de médecine ou de 14 inscriptions dans une école préparatoire de médecine. Il existait des officiers de santé de 1ère et de 2ème classe, tout comme pour les pharmaciens.

L'officier de santé ne pouvait pratiquer d'opérations chirurgicales importantes, sans l'assistance d'un docteur. Sans cette surveillance, il était responsable et soumis à indemnité si des accidents se produisaient à la suite de cette opération. Les officiers de santé disparaissent en 1905.

Les termes de la loi du 19 ventôse an XI, pour ce qui concernait la prohibition de pratiquer la médecine ou la chirurgie sans diplôme, s'appliquait aussi à l'oculiste.

Pour ce qui est des soins dentaires, nos ancêtres se sont longtemps débrouillés par leurs propres moyens, tout en ayant assez fréquemment recours, pour venir à bout des vieux chicots, au maréchal-ferrant malmenant parfois du même coup gencives et mâchoires. Certains attendaient les foires, pour avoir recours au fameux arracheur de dents, opérant en public et sans anesthésie.

La loi du 19 ventôse an XI n'assujettissait pas la profession de dentiste à l'obtention d'un diplôme, certificat ou lettre de réception (arrêt de la Cour de cassation du 23 février 1827). Cependant les rédacteurs du Répertoire Général d'Administration Municipale et Départementale ne partageaient pas cet avis.

Rappelons que l'Ordre National des chirurgiens-dentistes était créé par l'ordonnance du 24 septembre 1945, après dissolution d'un Ordre créé le 7 octobre 1940. Nul ne pouvait alors exercer cette profession, s'il n'était pas inscrit à l'Ordre.

Venons-en maintenant à la sage-femme qui avait eu pour ancêtre la matrone ou la bonne mère qui était souvent choisie parmi les femmes âgées ayant eu beaucoup d'enfants et qui devait être catholique et vertueuse. Souvent, c'était le curé qui l'instituait officiellement, après qu'elle ait prêté serment sur les saints évangiles. Sa formation très souvent limitée, acquise sur le terrain en secondant une autre matrone, lui faisait parfois utiliser des instruments quelque peu effrayants tels que le crochet d'une pelle à feu, celui d'une balance romaine ou d'une lampe à huile, le tout sans désinfection ! Au 18ème siècle, très rares étaient celles qui avaient suivi une formation à l'Hôtel-Dieu de Paris ! Il n'existait aucune autre école enseignant l'art de l'accouchement. Cependant, à partir de 1759, certaines qui savaient lire avaient pu acquérir quelques connaissances théoriques, en consultant le traité rédigé par Madame DU COUDRAY.

L'article 32 de la loi du 19 ventôse an XI, faisait aussi que personne ne pouvait exercer la profession de sage-femme, si elle n'avait pas obtenu un diplôme, ou un certificat d'aptitude. Suivant un arrêt de la Cour de cassation du 6 juillet 1827, les personnes exerçant illégalement la profession de sage-femme étaient passibles d'une amende de 100 francs. Pour être admise à subir l'examen à la suite duquel était délivré ce diplôme, la sage-femme devait avoir suivi au moins 2 cours théoriques d'accouchement et vu pratiquer ou pratiquer elle-même les accouchements, pendant 6 mois dans un hospice ou sous la surveillance d'un professeur. L'examen portait sur la théorie et la pratique des accouchements, sur les accidents auxquels ils pouvaient donner lieu et sur les remèdes à y apporter. Elle devait recourir à l'assistance d'un docteur pour l'emploi des instruments en cas d'accouchement laborieux. Le refus d'une sage-femme d'assister une femme qui était dans les douleurs de l'accouchement, quelque inhumain qu'il était, ne la rendait passible d'aucune peine.

Terminons ce survol général des métiers de santé par le pharmacien dont le prédécesseur était l'apothicaire. Cet expert en plantes et remèdes variés, faisait fureur sous Louis XIII. Ce n'est qu'en 1777 que cette profession se différenciait de celles d'épicier et de droguiste, avec l'instauration d'un enseignement privé de la pharmacie. En 1803, étaient créées 4 écoles publiques de pharmacie, ainsi que la Société de Pharmacie qui devenait l'Académie Nationale de Pharmacie en 1979.

Le premier véritable statut de l'officine était consacré par la loi du 21 germinal an XI, qui restait en vigueur jusqu'en 1941.

Venons-en maintenant à Champeaux proprement dit, où la présence régulière de chirurgiens est attestée dès le début du 17ème siècle, pour se poursuivre jusqu'à la fin du 18ème siècle. Les 3 officiers de santé, qui ont ensuite pratiqué dans notre commune et la région, de 1793 aux années 1820, portaient aussi d'autres qualifications : accoucheur, chirurgien ou maître chirurgien. Depuis les années 1830, ne se succédaient que des docteurs en médecine ou docteurs accoucheurs. On relèvera ainsi, dans l'ordre chronologique :

En 1887, à Champeaux, les visites étaient payées 2 francs (7).

Pour clore le chapitre des personnes ayant exercé à Champeaux, n'oublions pas de citer quelques sages-femmes dont la liste est bien évidemment loin d'être exhaustive :

Lettre du serment de sage-femme

Pour finir, nous dirons quelques mots sur les personnes du corps médical exerçant actuellement dans notre commune :

Michel MORCHOISNE

  • (1) : bonne fame voulant dire de bonne renommée, d'après un vieux mot qui était à l'origine de bien et mal famé et de fameux.
  • (2) : nom désuet des lavements, pratiqués principalement avec de l'eau, de l'huile, du lait ou du son.
  • (3) : soit environ 3 050 euros.
  • (4) : saints patrons de cette profession. En plus de ceux-ci, les médecins ont également Pantaléon.
  • (5) : année de la découverte de l'anesthésie générale à l'éther, suivie en 1847 par celle au chloroforme.
  • (6) : soit environ 2 060 euros.
  • (7) : soit environ 8 euros.
  • (8) : soit environ 3 650 euros.
  • (9) : en décembre 1904, il était indiqué que la liste d'assistance médicale comportait 106 personnes, pour une population de 510 habitants suivant le recensement de 1901.

Sources :

  • Répertoire Général d'Administration Municipale et Départementale, tomes 1 et 2, de 1870 et 1873, publié par le Journal des Communes.
  • " Ainsi vivaient nos ancêtres ", par Jean-Louis BEAUCARNOT (1989).
  • " Qui étaient nos ancêtres ", par Jean-Louis BEAUCARNOT (2002).
  • " Quid ", par Michèle et Dominique FREMY.
  • Inventaire général des Titres du Chapitre et Communauté de l'Eglise Royale et Collégiale Saint-Martin de Champeaux (cote aux A.D.77 : G 156).
  • Comptes de recettes et dépenses de l'Hôtel-Dieu de Champeaux (cote aux A.D.77 : 14 Hdt/E2).
  • Terriers (documents du clergé séculier du Chapitre de l'Eglise Collégiale Saint-Martin, et Titres féodaux de la Seigneurie de Champeaux) (cote aux A.D.77 : E 1351).
  • Registres paroissiaux et d'état civil de Champeaux (1651-1902) (Nota : les registres de 1651 à 1892 sont conservés aux A.D.77).
  • Comptes-rendus de réunions de conseils municipaux de Champeaux.