LE CRI D'ALARME DU MAIRE POUR RENOVER LA COLLEGIALE

Le Parisien - 18.09.2006

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A Champeaux, les Journées du patrimoine font plutôt des aigris que des heureux. Alors que toutes les municipalités se réjouissent d'ouvrir leurs églises et autres monuments historiques au public, les portes de la collégiale de Champeaux resteront closes. Et pas seulement ce week-end. L'édifice, fermé au public le 31 mai sur décision du préfet pour des raisons de sécurité, est le seul monument historique classé de Seine-et-Marne à être interdit aux visiteurs. Le maire, tout comme les 800 habitants du village, ne voit pas de réouverture possible dans des délais raisonnables.

Excédé par" le manque d'aide de l'Etat ", il lance un véritable cri d'alarme. Après avoir écrit au préfet, il a même accroché sur la collégiale une pancarte disant: "Après m'avoir fermée au public, l'Etat m'abandonne ". Certes, la première phase des travaux de réfection des toitures est subventionnée par la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) et elle va commencer dans quelques semaines. Mais pour la seconde phase, l'Etat vient d'annoncer qu'il ne verserait rien pour l'instant. Au grand dam du président du conseil général, Vincent EBLE, qui a envoyé hier une lettre au ministre de la Culture pour qu'il revienne sur cette décision.

"La commune consent déjà des efforts financiers considérables, aidée par l'association des Amis de la collégiale, pour payer sa part des travaux. Nous ne pouvons pas faire mieux", regrette Yves Lagües-Baget, le maire de Champeaux. Reste que l'ensemble des subventions auxquelles le village peut prétendre dépend du versement de l'Etat. "Et ce n'est pas tout, je ne suis pas sûr qu'une fois les toitures et charpentes refaites, la collégiale rouvre au public, se désespère le maire. L'architecte en chef des Monuments historiques estime à plus d'un million d'euros le montant nécessaire à la rénovation. Je ne vais pas augmenter les impôts de 20 % pour pouvoir payer la part de la commune! "

La Drac assure qu'elle a placé la collégiale parmi les " dossiers prioritaires " de l'année prochaine. Le budget extrêmement serré de cet organisme d'Etat fait de plus en plus de malheureux. " Ça fait mal au cœur de voir la collégiale fermée, il fallait l'entretenir plus tôt ", estime Jean-Claude Poisson, président des Amis de la collégiale. La Drac a renvoyé au préfet un courrier conseillant à Champeaux de " commencer la phase 1 ". En parallèle, la commune devra soit convaincre une instance comme le conseil général de prendre à sa charge les travaux, soit se mettre à la recherche de mécènes qui l'aideront à payer sa part. Mais crépis, chemins de ronde et autres travaux ne pourront être effectués sans la participation de l'Etat.

Un monument historique exceptionnel

La collégiale Saint-Martin de Champeaux a toutes les raisons de faire la fierté des habitants du village. Bâtie entre 1160 et 1315, elle abritait le collège de chanoines réguliers, dont l'enseignement a été célèbre dans toute l'Europe médiévale. Sa taille, 2000 m2 au sol, et sa luminosité exceptionnelle, en font un bel exemple de l'art gothique. Malgré de nombreux pillages, elle a conservé l'essentiel de son aspect architectural médiéval, à l'exception de sa façade occidentale et du couronnement de son clocher.

L'édifice a connu plusieurs fonctions durant son histoire, servant même de prison dans les années 1830. Classée monument historique en 1840, la collégiale avait retrouvé son rôle religieux. Des messes y étaient encore dites régulièrement avant la fermeture par le préfet "Les paroissiens adoraient venir prier à Champeaux, on était plus de 80 chaque dimanche ", regrette Jean Agnard, servant de messe. Un festival de musique sacrée de renommée internationale, organisé par l'Association Guillaume de Champeaux, avait également lieu tous les ans en juin dans la collégiale.

LAURE PARNY